| Lundi,
14 heures. Trois randonneurs bordelais sonnent à la grille
d'entrée de la brigade de gendarmerie d'Aucun. Pour ce trio
de touristes qui a passé quatre jours en haute et moyenne montagne,
il n'est pas question de déposer une quelconque plainte mais
de trouver un refuge à une chienne, une montagne des Pyrénées,
qui depuis le matin les a suivis du refuge du Marcadau.
Pierre Haller, l'un des randonneurs, raconte : " Nous étions
partis pour une randonnée à skis depuis vendredi.
Dimanche, nous sommes arrivés vers 15 heures, au refuge du
Marcadau, après une course de plusieurs heures ".
Au refuge, les trois randonneurs retrouvent une quinzaine d'autres
touristes ainsi que le gardien. " Nous avons tout de suite
remarqué la présence du chien. Il se dorait la pilule
sur un rocher. C'était un gros patou. Mais dans notre groupe,
personne n'y a vraiment prêté attention, poursuit Pierre
Haller. Nous pensions que ce chien était venu jusqu'au refuge
avec l'autre groupe ou qu'il appartenait au gardien ".
Reste qu'en fin d'après-midi, le gardien quitte le refuge
du Marcadau pour rejoindre la vallée, laissant Pierre Haller,
ses deux compagnons et la quinzaine d'autres personnes seuls pour
la nuit. " Quand le gardien est parti, le chien n'a pas
bougé. Ça m'a surpris car nous pensions vraiment que
c'était son chien ". Le patou va donc passer une
nuit à la belle étoile à proximité du
refuge.
Le lendemain matin, Pierre Haller et ses deux amis se lèvent
aux aurores pour la dernière étape de leur périple.
" Il était 5 h 30 quand nous avons quitté
le refuge du Marcadau. Le chien était toujours là
", se souvient Pierre Haller. Skis aux pieds, le groupe débute
alors sa marche vers le lac d'Estaing. Un périple de huit
heures avec trois passages de cols dont l'un culmine à 2700
m.
" Dès que nous avons quitté le refuge, le
patou a commencé à nous suivre. Nous avons alors pensé
qu'il s'arrêterait dès les premières pentes
dont certaines étaient de plus de 30 degrés. Mais
pas du tout. Le chien a continué à nous suivre et
il grimpait mieux que nous. Je lui ai même donné des
carrés de chocolat, mais il n'en voulait pas. Il portait
un collier et une médaille sur laquelle il y avait un numéro
de téléphone ", précise le touriste
bordelais.
Infatigable, l'animal va poursuivre sa marche en avant avec les
trois skieurs, les considérant comme ses maîtres d'adoption.
" Nous sommes arrivés vers 13 h 30 au lac d'Estaing
et le chien était toujours là ". Pour le
groupe qui a retrouvé son véhicule et achevé
son périple, une question se pose: que faire du chien? "
Nous sommes montés dans la voiture en laissant le chien
en pensant qu'il allait retrouver son maître ", explique
Pierre Haller. Mais le chien a bien décidé de ne pas
quitter ses compagnons de promenade. " Il a commencé
à courir derrière la voiture. On s'est arrêté
au bout de 100 m et on a fait monter le chien dans la voiture. Vous
imaginez! ".
Le singulier quatuor descend alors sur Arrens-Marsous avant de
rejoindre la brigade d'Aucun, où le gendarme de faction prend
connaissance du périple. Les trois randonneurs n'ont d'autre
solution que de laisser l'animal aux bons soins du militaire. "
Il était visiblement bien embarrassé du cadeau
que nous lui faisions ", précise Pierre Haller.
Pour les gendarmes, difficile de placer en "garde à
vue " le quadrupède. En fin de journée, le
refuge SPA d'Azereix est chargé de s'occuper de l'animal.
Le chien passe sa première nuit hors des montagnes. Une première
nuit agrémentée d'un vrai repas.
Mardi matin, les responsables de la SPA se chargent de localiser
le propriétaire du patou. C'est chose faite dans la journée,
le propriétaire n'est autre que José Martinez, un
habitant de Panticosa, une petite bourgade espagnole, nichée
sur les premiers contreforts du Vignemale, de l'autre côté
de la frontière.
Partie vendredi de chez elle, " Ara ", cette patou de
2 ans, aura donc fait plusieurs dizaines de kilomètres, seule,
dans la montagne. A-t-elle suivi des randonneurs espagnols avant
de franchir la frontière imaginée par les hommes?
Son maître l'ignorait.
Cinq jours après la disparition d' " Ara ", José
Martinez s'est rendu mercredi matin à Azereix, où
il a retrouvé son compagnon à quatre pattes.
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