Enfin!
Depuis le temps, deux ans environ, que l'on parlait de l'inquiétante
mortalité des isards, les chercheurs désespéraient
d'en trouver la cause. Jean-Pierre Alzieu, vétérinaire
et expert en pathologie du gibier, a été sollicité
par l'Office national de la chasse pour examiner des isards encore
vivants atteints du mal mystérieux. Et il a trouvé:
il s'agit d'un virus.
" J'avais déjà travaillé sur la
kérato- conjonctivite qui avait décimé 20 % des
isards de toute la chaîne pyrénéenne entre 1981
et 1983. Cette année, au pied du Valier, dans la vallée
d'Estours en particulier, une bonne centaine sont morts. Cette fois,
j'ai constaté sur ces animaux un amaigrissement extrême,
une absence totale de graisse et une immense faiblesse. En fait, les
isards descendent des rochers, ils mangent tant qu'ils peuvent, ils
s'épuisent. Ils perdent les poils par misère. Et ils
crèvent, le ventre plein " explique le " véto
". L'autopsie de quatre animaux a confirmé son diagnostic
: " Il ne s'agit pas d'une maladie classique mais d'une maladie
virale, la pestivirose. Ce virus est inconnu chez l'isard. On savait
l'animal très fragile mais on ne pensait pas qu'il pouvait
en être victime.
Aussitôt se pose la question de la transmission du virus
: " Nous avons effectué de sondages sur les moutons
: il existe chez les ovins et les bovins des virus voisins. Mais,
là, rien ne prouve qu'il y a relation entre les troupeaux
et les isards ".
Ce virus se transmet par toutes les sécrétions :
urine, matières fécales, lait. Il provoque une contamination
digestive et peut-être respiratoire. Il attaque les cellules
de défense de l'organisme ce qui entraîne chez l'animal
une immuno- déficience.
" En clair, l'isard n'a plus de forces et meurt soit d'épuisement
soit de surinfection parasitaire ou bactérienne. C'est pourquoi
on a trouvé des isards qui toussaient beaucoup atteints de
complications microbienne ou pulmonaire ".
Le danger, c'est d'après l'expert, que cette maladie pourrait
se transmettre de la mère au petit. Et comme les jeunes sont
très sensibles dans les premiers mois, cela expliquerait
que plusieurs chevrées de printemps ont été
décimées avant l'automne.
Mais Jean-Pierre Alzieu se veut rassurant: l'espèce n'est
pas en danger. D'ailleurs la population restante, porteuse latente,
est immunisée. Mais il faudra deux ou trois ans pour régénérer
la population.
" L'action coordonnée par la direction départementale
de l'agriculture consiste désormais à surveiller l'évolution
des cas. D'autre part, il sera peut-être judicieux de réduire
le prélèvement des isards ou de ne pas les chasser
pour l'instant ".
A ce jour, le phénomène est uniquement localisé
à l'Ariège mais il semble que d'autres cas existent
en Espagne et en Andorre, du côté espagnol.
Surtout pas d'affolement pour les randonneurs : la pestivirose n'est
pas du tout contagieuse à l'homme.
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