Dimanche,
17h55, le CODIS (centre opérationnel départemental d'incendie
et de secours) reçoit un appel. Trente-trois adolescents et
six accompagnateurs d'un groupe de scouts belges sont en difficulté
entre le col de la Didorte et l'étang d'Embizon, au-dessus
du barrage de Laparran (Ariège).
Le numéro d'appel ne répond pas, le groupe ne rappellera
plus. Cinq gendarmes du peloton de haute montagne (PGHM) de Savignac
partent alors à leur recherche. Durant toute la nuit, dans
des conditions exécrables, ils vont arpenter la montagne. Il
faudra attendre 7h45 hier matin pour les retrouver sur la crête
Rieutord, sur le versant des Cabannes. A 2100 mètres d'altitude,
sous la neige, le vent et avec une visibilité limitée
à cinq mètres, les jeunes Belges n'ont jamais cessé
d'avancer à la recherche d'un chemin ou d'un abri. Une erreur
supplémentaire, qui a rendu leur localisation encore plus difficile.
Plus que d'erreur, dans cette histoire, il faut parler d' "
inconscience ". Membre de la Fédération
catholique des scouts de Belgique, en provenance de Bruxelles, ils
découvraient pour la plupart la randonnée de montagne.
Le responsable du groupe n'est âgé que de 21 ans, les
autres membres ayant entre 12 et 18 ans.
A deux reprises, les jeunes scouts ont été mis en
garde contre les mauvaises conditions météorologiques.
Par les gendarmes d'abord, que les scouts avaient contacté
samedi, par le responsable du gîte d'où ils sont partis
dimanche ensuite. Basés au lac de Montbel, ils devaient faire
une " course d'orientation " jusqu'au 19 juillet.
Sans appeler la station météo avant de partir, ils
se sont engagés alors que la tempête s'annonçait.
Des gendarmes et des pompiers des Cabannes, d'Ax, de Vicdessos, de
Foix et une équipe du SAMU 09 sont mobilisés le lendemain,
une fois leur découverte annoncée. Au total, une quarantaine
de membres des services de secours se retrouve à la salle des
fêtes des Cabannes hier matin, où est installée
un poste médical avancé.
Vers midi, la place du village offre un spectacle mi-inquiétant,
mi-fascinant. Une quinzaine de véhicules rouges ou bleus,
des uniformes partout, le directeur par intérim du cabinet
du préfet, le directeur de la jeunesse et des sports. Et
dans la salle, trente-sept jeunes attablés devant un chocolat
chaud ou un sandwich au jambon. Deux d'entre eux ont été
évacués sur le CHIVA pour hypothermie. Le plus faible
présentait une température de 28°C. " A
deux heures près il y restait " lâche un membre
des secours.
Pour Eric Koechlin, de la direction de la jeunesse et des sports,
" C'est une situation exceptionnelle, même si elle
est logique au vu de la météo ". " On
a eu beaucoup, beaucoup de chance " estime quant à
lui le lieutenant de gendarmerie Sansonnet, " un accident
sur les barres rocheuses aurait pu se produire ". Les mêmes
mots reviennent sur toutes les bouches : " Inconscience,
folie, chance ".
Charles-Hubert, le jeune responsable scout assure que " chacun
a gardé son calme, malgré le froid immense ".
Pendant que ses camarades se restaurent, joues rougies, cheveux
humides, couverture sur les épaules, lui répond aux
questions. Il parle de
" circonstances exceptionnelles " mais explique
que " si quelqu'un les avait prévenu du danger, ils
ne seraient pas partis ". Son air triste contraste avec
le sourire retrouvé des autres scouts. Il sait qu'une enquête
est ouverte et qu'il sera sûrement amené à témoigner.
Le groupe devait passer la nuit aux Cabanes, et souhaitait "
reprendre le campement par la suite ".
L'histoire finit heureusement bien, mais elle nous rappelle à
une prudence extrême en montagne.
|