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" Je suis en colère. Cet ours, on l'a imposé
sans nous consulter. Les éleveurs du coin n'en peuvent plus.
Ils sont excédés devant les carnages à répétition
qu'ils endurent à longueur d'année depuis la réintroduction
de l'animal. Qu'on ne se méprenne pas sur mes propos. Je
n'ai aucune haine contre l'ours mais je crains que cela se termine
mal. Les gens finissent par avoir peur. Sa présence provoque
des problèmes de sécurité et augmente saison
après saison le désarroi des éleveurs ".
Alain Naudy, maire d'Orlu, ne mâche pas ses mots après
l'attaque dont ont été victime les chèvres
de Christian Calvy, qui élève 95 gasconnes à
Orlu depuis 1996. Peu avant l'entrée du village, au pied
des rochers abrupts, Christian a découvert vendredi soir
le cadavre de deux chèvres et d'un chevreau. " Vendredi
soir, j'ai vu mes vaches et mes trois poulains courir vers le village
affolés. Je suis ensuite parti à la recherche de mes
chèvres et c'est là que je les ai trouvés.
Je suis éceuré. On avait un lien affectif avec ces
bêtes. Qu'on me donne 2.000 F en indemnisation, je n'en ai
rien à foutre. C'est insupportable. Ces ours doivent être
déplacés ou sinon, ce sont les éleveurs qui
seront obligés de partir ".
Hier matin, Christian est revenu à contre cur sur
le lieu du drame. Dans la nuit, l'ours est revenu compléter
son festin. Les carcasses des deux chèvres ont été
soigneusement évidées. Langue, gorge, abats ont fini
dans le ventre de l'animal. " J'ai passé toute la
matinée à chercher mes poulains sans succès.
Il me manque encore trois chevreaux. J'ai peur qu'il ne s'attaque
aux veaux. Je ne vous cache pas que si je le voyais à portée
de fusil, je le tuerais sans hésiter ".
Dans l'après-midi, Philippe Cluzel, membre de l'équipe
du suivi de l'ours s'est rendu sur les lieux de l'attaque.
" Il pourrait s'agir de Boutxy même si localisé
à Mijanès vendredi matin grâce à son
émetteur intra- abdominal. Il a fait très vite pour
se rendre à Orlu dans la soirée. Il est actuellement
dans la vallée de Savignac sur la commune d'Ax-les-Thermes.
Pour un animal opportuniste comme l'ours, des chèvres en
liberté constituent un repas très riche en protéines
".
A Orlu, cette attaque ne surprend plus la population. " On
savait qu'un pêcheur l'avait vu à la mi-mars (lire
l'article du 17 mars dernier). Mon frère l'a même vu
à deux reprises, confie Sylvie, directrice du camping municipal.
Les touristes friands de randonnées sur les sentiers de la
vallée sont partagés entre crainte et curiosité.
Mes filles avaient l'habitude de se balader en montagne sur le col
de l'Osque. Je leur interdis désormais ".
Boutxy avait ensuite gloutonné quelques ruches avant de s'attaquer
aux chèvres de Christian Calvy.
" Ces ours de Slovénie sont plus carnassiers que végétariens.
Ils ne semblent pas avoir peur de l'homme. Pour moi comme pour les
maires d'Orgeix et d'Ascou, la réintroduction des ours dans
les Pyrénées est illégale " martèle
Alain Naudy. " Les populations n'ont pas été
consultées. La vallée appartient d'abord aux habitants.
Ils ont un droit de regard sur ce territoire. Nous investissons beaucoup
d'argent pour faire venir des éleveurs mais tous nos efforts
risquent d'être réduits à néant par l'ours.
Un éleveur de chèvres va s'installer à Orgeix.
Mais son troupeau comme beaucoup d'autres risquent d'être décimés
pendant les estives? L'ours a déjà décimé
des troupeaux. On veut davantage de cabanes et de gardiens pour les
refuges que l'on aménage mais les programmes pastoraux sont
au point mort. On calme les gens depuis 2 ans et demi mais la tension
monte indéniablement aussi bien chez les éleveurs, les
élus et certains habitants. Alors quand j'entends les spécialistes
du suivi de l'ours parler de réintroduire une femelle dans
les Pyrénées, je me demande ce qu'ils ont dans la tête.
Cette équipe de suivi coûte 5 millions de francs par
an et ne fait que constater les dégâts à chaque
attaque. Nous nous opposerons à toute nouvelle réintroduction
".
On le voit, la tension est donc montée d'un cran chez les
éleveurs de la vallée d'Orlu.
Plus que jamais au centre de la polémique pro et anti-ours,
Boutxy (s'il s'agit de lui) et ses congénères slovènes
n'ont pas fini de faire parler d'eux.
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