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| L'ours dans
les Pyrénées |
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A cet endroit, la Garonne
est encore un torrent qui roule des cailloux espagnols. A gauche avant
le Val d'Aran, dans l'ultime kilomètre de France sur la nationale
125, juste après le poste de douane désaffecté,
un chemin s'enfonce vers la montagne boisée de Melles. II conduit
au mémorial des ours. Au milieu d'une futaie fraîche
et agréable, un mur, une plaque et trois effigies d'ours désignent
l'endroit où ont été lâchés au printemps
1996 et en 1997, les trois fauves slovènes destinés
à réintroduire le plantigrade dans les Pyrénées
centrales. Quelques curieux s'arrêtent ici, en allant ou en
revenant de faire le plein d'essence et de pastis sous-taxés,
de graines de tournesols et de boules d'anis en sachet, dans les "
supermercados " bondés de Lés et Bossost.
Voilà maintenant sept étés que les ours sont
revenus dans les Pyrénées centrales à grands
frais et à grand fracas (lire encadré).
" Que nous a apporté le retour de l'ours ? La valorisation
des Pyrénées à travers son image demande des
moyens à hauteur de l'enjeu ", explique Alain Reynes,
directeur de l'association Adet, à l'origine de la réintroduction
des ours dans les Pyrénées centrales. " Pour
le moment, l'augmentation de la fréquentation liée à
l'ours n'est pas sensible mais l'opération " Pays de l'ours
" a permis de sauver l'espèce en doublant la population
(voir encadré), d'améliorer l'image du massif, la qualité
de l'accueil et la satisfaction du client pour les professionnels
du pays de l'ours ".
Très prisés des vacanciers, les sets de tables, brochures
et sites internet racontant l'histoire de l'ours dans les Pyrénées
confirment la puissance de communication de la bête et le cachet
exo tique et unique qu'elle apporte au massif. Mais tout cela ne se
traduit pas en plus-values et en emplois. Quant au projet zoologicotouristique
de grand parc de vision, des ours en site naturel, il a été
abandonné.
En terme d'engouement et de retombées, la réintroduction
n'est en rien comparable avec le succès enregistré par
la même opération dans les Abruzzes italiennes. Là
bas, l'ours attire les randonneurs, remplit les hôtels et tel
Mozart à Salzburg, Bernadette à Lourdes, Elvis Presley
à Memphis, est omniprésent dans les boutiques, sur les
tee-shirts, boîte de dragées, souvenirs à deux
euros qui font de la neige quand on les tourne. Cela dit, la réintroduction
remonte à 16 ans et ce massif est un Parc national dédié
à la randonnée, au sport en montagne et à la
nature beaucoup moins vaste et moins peuplé que les Pyrénées
centrales où la polémiquefait rage depuis sept ans.
Entre les partisans de la réintroduction regroupés autour
de l'Adet, et les éleveurs victimes des dégâts
des ours refusant, becs et griffes dehors, toute cohabitation, le
conflit a été arbitré en 2001 au sommet de l'Etat
: le Conseil constitutionnel a annulé l'amendement à
la loi chasse du député ariégeois Augustin Bonrepaux,
demandant le retrait des plantigrades.
Cette année, les ours sont passés plus discrètement.
" D'une part, tout le monde a bien compris que les ours resteraient
là, d'autre part les mesures d'accompagnement proposées
aux éleveurs produisent leur effet. Les populations locales
sont majoritairement favorables à la présence de l'ours
", estime Alain Reynes. Depuis deux ans, les pouvoirs publics
n'ont pas ménagé leurs efforts pour faire accepter la
présence de cette faune sauvage aux éleveurs. Subventions
pour l'embauche de bergers, mise à disposition de chiens patou,
clôtures de protection, radiotéléphones : plus
de 280 exploitants ou groupements ont bénéficié
de ces mesures. En même temps l'Adet, a lancé une charte
de qualité " pays de l'ours ". Elle a rallié
plus de 100 professionnels. Des artisans, des aubergistes, des spécialistes
de la randonnée, des apiculteurs, et même des éleveurs
qui ont créé une association pour la cohabitation pastorale
basée... en Ariège.
Mais la majorité, devenue volontairement silencieuse, des éleveurs
demeure hostile à la présence de l'ours. " Certains
ne signalent plus les dégâts. Plus on proteste, plus
on passe pour des méchants et on mobilise le camp d'en face.
On se tait et on verra bien... ", analyse Francis Ader, éleveur
ovin en Luchonnais.
" C'est facile d'applaudir et de mettre des autocollants à
la gloire de l'ours quand on ne l'a pas chez soi. Nous avions décidé
de ne plus réagir. Mais les deux ours ont fait de notre canton
leur garde manger. Cela ne peut pas durer ", grogne Bernard
Bergé, maire d'Orgeix en Haute-Ariège. Sur les hauteurs
d'Ax-les-Thermes, de la Dent d'Orlu aux estives d'Aston, les maires
de sept communes réclament encore cette année le retrait
des plantigrades : " L'ours? Rien de positif. Qu'on
nous en débarrasse. A cause de lui, les éleveurs dont
les brebis s'éparpillent désertent les estives sur lesquelles
nous avions investi. Les randonneurs passent en mairie pour demander
où il se trouve et se détournent de ces secteurs. En
tant qu'élu, on ne parvient pas à trouver d'interlocuteurs
auprès de la Direction régionale de l'Environnement
et dans les préfectures. Tout le monde se défile sur
le sujet ", renchérit Bernard Bergé qui, comme
les éleveurs, ne serait pas étonné que certains
" envisagent d'autres solutions... ". En sept ans,
les ours n'ont pas été totalement adoptés.
Car tant que l'impact économique attendu restera en hibernation,
l'ours échauffera les esprits montagnards.
Financée au départ par le programme européen
Life, l'opération a coûté en Investissement 2
millions d'euros, soit 15 MF, (19961998), et demande depuis des frais
de fonctionnement pris en charge par l'Etat. Pour 1999 et 2000, lis
ont oscillé autour de 3 millions de francs annuels dont une
partie consacrée à l'indemnisation des dégâts
mi-juillet 2002, les dossiers relatifs aux dégâts étaient
moins nombreux qu'en 2000 et 2001. En moyenne un éleveur perçoit
pour une brebis tarasconaise tuée par l'ours de 115 €
(750 francs) pour l'animal, autant pour le dérangement le tout
majoré de 2,5 % pour le manque à gagner. Soit entre
230 et 245 € (1.500 et 1.600 francs). Ce montant est trois fois
supérieur à celui versé pour une brebis égorgée
par un chien errant (ils tuent huit fois plus de moutons que les ours)
et dépasse le prix de vente de la brebis.
Côté animations et développement autour du thème
de l'ours, l'Adet multiplie les événements culturels
et les projets comme les automnales qui auront lieu en octobre à
Massat (09), Arbas (31) et Nistos (65). Une action aux moyens et donc
aux ambitions limitées. Sept ans après la réintroduction
et les mesures de protection, les promoteurs de l'ours en Pyrénées
demandent surtout aux collectivités locales et à l'Etat
les moyens de promouvoir et d'organiser le développement.
Les équipes françaises et espagnoles chargées
du suivi de l'ours dans le massif ont trouvé trace cette année
de onze ours dans les Pyrénées, cinq de souche autochtone
(quatre mâles pour une femelle), et six issus de la réintroduction
en Pyrénées centrales (quatre mâles pour deux
femelles). Ces derniers pourraient néanmoins être sept
voire huit car un individu très jeune à été
vu en 2001 en Espagne, et un autre à Miramont-de-Comminges,
aux portes de Saint-Gaudens, en mai dernier.
On n'a pas trouvé par la suite la moindre trace de ces plantigrades,
qui pourraient être issus de la seconde portée de l'ourse
Ziva en 2000.
Le repérage devient plus compliqué au fil des années
car les quatre techniciens des fédérations de chasse
doivent désormais se fonder sur les traces de passage (empreintes,
destruction de fourmilières, excréments...), ou les
témoignages de personnes qui ont vu l'ours. Les colliers-émetteurs
dont avaient été équipés certains plantigrades
sont en effet tombés ou n'émettent plus. Selon ces repérages,
six ours se trouveraient donc dans les Pyrénées-Atlantiques,
les cinq pyrénéens de souche plus Néré,
né de Melba, la première ourse slovène introduite
en 1996 et abattue un an plus tard par un chasseur. L'un des autochtones,
la femelle Cannelle, vagabonde parfois dans les Hautes-Pyrénées.
Le val d'Aran (Espagne) accueille les deux adultes nés en Slovénie
et lâchés à Melles, la femelle Ziva et le mâle
Pyros, parents d'au moins deux mâles adultes (Boutxy et Kouki).
Si Ziva est bien fixée dans les massifs aranais, Pyros passe
régulièrement en Barousse et en Haute-Garonne. Plus
à l'est, l'autre femelle, Caramelles, a été repérée
au printemps dans le Mont Valier (Ariège). Elle n'est pas suitée.
Les deux autres mâles âgés de cinq ans, Boutxy
et Kouki, ont traversé toute l'Ariège et se sont installés
sur les hauteurs d'Orlu, le second étant parfois repéré
dans les Pyrénées-Orientales au dessus des Angles. |
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