Henri Jean Jacques Brulle,
né le 29 janvier 1854 à Libourne (Gironde), mort à
Chamonix (Haute-Savoie) le 29 août 1936, est un pyrénéiste
et alpiniste français. Il est considéré comme
le fondateur du pyrénéisme de difficulté.
Fils d'un notaire, il succède à son père dans
l'étude et comme lui, il se passionne pour la montagne.
Il fait sa première ascension dans les Pyrénées
en 1874 : avec Aymar de Saint-Saud, Paul de Lafitte et les guides
Sarrettes et Latapie, il monte au Vignemale et descend par l'itinéraire
du prince de la Moskowa. En 1878, il fait la connaissance de Jean
Bazillac et deviennent des amis inséparables. Ensemble ils
font l'ascension de l'Ardiden, puis du Balaïtous, de l'Enfer,
du mont Perdu. Cette même année il rencontre Célestin
Passet, avec qui il formera une équipe à toute épreuve.
Le 12 août 1879, c'est la naissance du pyrénéisme
de difficulté : Brulle, Bazillac et les guides Sarrettes
et Bordenave réalisent la première ascension du Vignemale
par le Clot de la Hount.
En 1880, ils montent au pic de Ger, à l'Ossau, au Cambalès,
et au Palas par la face sud, où ils doivent renoncer près
du sommet.
En 1881, avec les guides Célestin Passet et Pierre Bordenave,
ils entreprennent une grande tournée de quatorze jours, où
ils gravissent une vingtaine de sommets, dont tous les 3000 connus,
entre Maladeta et Gavarnie. Ils réalisent au passage les
premières du pic du Port d'Oo (aujourd'hui pic Jean Arlaud),
de l'Astazou occidental et du Gabiétou. Pour finir, ils réalisent
le tour du cirque de Gavarnie par les gradins intérieurs,
des Sarradets à l'Astazou.
En 1882, Brulle, Bazillac et Célestin Passet gravissent
16 grands pics, du Canigou au Vignemale, avec deux premières,
le Comoloformo et le Hourgade.
En 1883, il affronte pour la première fois les Alpes. Parti
de Gavarnie avec Bazillac et Célestin Passet, il va faire,
avec les guides Gaspard père et fils, la cinquième
ascension de la Meije (qui est la première effectuée
en un jour). Puis les Écrins, l'Aiguille d'Arves, et le Mont
Blanc par un très mauvais temps.
En 1885, il fait une première hivernale au Mont Perdu avec
Bazillac, Célestin Passet, Haurine et Bernard. Puis une nouvelle
campagne alpine, avec Bazillac et de Champeaux, l'emmène
à l'Aiguille méridionale d'Arves, à la Dent
Parrachée, la Grande Casse, le Grand Paradis, le Mont Blanc,
le Cervin, la Dent Blanche, et les Drus (quatrième ascension,
et première en un jour).
En 1886, de nouveau dans les Alpes, il est à la Jungfrau,
Mönch, Finsteraarhorn, Bernina, Grossglockner, Pala di San
Martino, Cima della Madonna...
En 1888, avec de Monts et Célestin Passet, il effectue la
seconde ascension du couloir Swan (dont la première avait
été réalisée en 1885 par F. E. L. Swan
et Henri Passet, le cousin de Célestin).
En 1889, l'équipe Henri Brulle, Jean Bazillac, Roger de
Monts, Célestin Passet et François Bernat-Salles réalise
le plus grand exploit du pyrénéisme : l'ascension
du couloir de Gaube. Cette faille étroite, sur la face nord
du Vignemale, entre la Pique-longue et le Piton carré, à
très forte pente, toujours glacée. La cordée
est arrêtée par un bloc coincé couvert de glace.
Célestin, armé du piolet de Brulle, qui l'a fait fabriquer
spécialement (ce piolet gagne là son nom de Fleur
de Gaube, taille pendant des heures plus de 1300 marches dans la
glace vive. Le comte Henry Russell, qui les accueille à la
sortie du couloir (et dont cette recherche de la difficulté
n'est pas dans les conceptions) leur dit "La prochaine fois,
il faudra le faire à reculons". Cet exploit, qui
ne sera pas renouvelé avant de nombreuses années,
a un grand retentissement dans le monde pyrénéiste.
Le surlendemain, Brulle, Bazillac, de Monts et Bernat-Salles vont
réaliser la seconde ascension du Mont Perdu par le nord.
En 1895, avec Célestin, Brulle réalise la première
de la face nord du Taillon.
Brulle arrête sa carrière pyrénéiste
en 1914. Après la mort au front de son fils, en 1918, il
abandonne son étude de notaire et élève des
chevaux.
En 1932, il retourne dans les Alpes et fait sa troisième
ascension du Mont Blanc, qu'il réitère les années
suivantes. Le 1er août 1936, à 82 ans, une nouvelle
ascension est arrêtée par le froid. Brulle, souffrant
de gelures et de congestion pulmonaire, est hospitalisé à
Chamonix, où il s'éteint le 29 août.
Brulle a instauré une nouvelle façon de grimper :
ce n'est plus le fait d'accéder à un sommet qui l'intéresse,
mais l'ascension en soi, par des voies nouvelles, plus difficiles,
plus directes. Contrairement à ses prédécesseurs,
Brulle n'a pas d'alibi scientifique : il n'est ni botaniste, ni
naturaliste, ni géologue. Avec lui le pyrénéisme
devient technique : l'usage de la corde devient systématique,
le piolet court remplace le long piolet qui auparavant servait plutôt
de canne à marcher que d'outil technique.
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