Jour 31: Refuge Belagua - Pont Orgate
Distance: 28,80 km.
D+: 1526 m.
D-: 2049 m.
Enfin les collines d'herbes!
Pour cette étape, j'avais prévu à la base de passer le portillon de Binbaleta, puis de redescendre dans les gorges d'Holzarte et de remonter par la cascade de Pista. Pourquoi faire ça alors qu'il est possible de suivre les crêtes me diriez-vous? Après tout c'est plus court et avec moins de dénivelé... Le soucis pour moi est que je craignais que la traversée des crêtes soient trop monotones pour les filles. Passer par les gorges permettaient de faire varier les paysages avant de rejoindre le pic d'Orhy et de faire découvrir à Lili la cascade de Pista. J'étais également inquiet au sujet du ravitaillement en eau. À ma connaissance, le prochain ravitaillement en eau potable n'était pas avant le refuge d'Azpegi. En passant par les gorges, nous pouvions nous ravitailler à la cascade de Pista.
Seulement voilà... On est au Pays Basque et la météo peut être un peu capricieuse...
Comme cette étape était une course contre les nuages, nous nous sommes levés tôt et avons commencé de nuit. Le versant espagnol jusqu'au portillon de Binbaleta est couvert de sentes de troupeaux. Je savais très bien qu'on finirait par perdre le sentier balisé qui mène jusqu'au col. Mais malgré la pénombre, j'arrivais à distinguer le col au loin. Le sentier emprunté n'importait peu tant que nous allions dans la bonne direction! Nous avons continué à monter, en sautant de sentes en sentes et en esquivant du mieux qu'on pouvait les troupeaux. Lorsque les premières lueurs du jour ont fait leur apparition, nous nous sommes arrêtés pour prendre notre première pause. On pouvait entendre quelque chose souffler et en regardant en direction du pic du Binbaleta qui nous surplombait, on a aperçu un isard qui nous surveillait.
On a ensuite repris notre chemin en direction du col, depuis lequel on a pu observer un magnifique lever de soleil!
Le pic Lakhoura ( 1877 m).
Le pic Lakartxela ( 1979 m).
Le pic d'Anie ( 2504m).
Le pic Binbaleta ( 1758 m).
Vue depuis le portillon de Binbaleta ( 1660m).
On a basculé ensuite côté France pour contourner le Lakartxela. Les "collines d'herbes" rougis par le soleil et les nappes de brouillard dans les plaines sont un spectacle dont je ne me lasserai jamais! Nous avons pris la direction du port de Belhay. En chemin, nous avons pu apercevoir des chevaux ainsi que de nombreux isards. Après le port de Belhay, nous avons enchaîné avec le port de Pista, puis nous avons finalement atteint les crêtes qui nous séparaient du pic d'Orhy. À partir de là, c'est un long chemin de collines avec des noms tous plus rigolos les uns que les autres qui nous attendait. Nous avons progressais rapidement jusqu'au port de Larrau. Mais malheureusement pas assez vite... Lorsque nous avons entamé l'ascension de l'Orhy, une nappe de brouillard est venue se fixer sur le sommet. Nous avons finalement atteint le sommet, mais point de jolie vue pour nous, uniquement du brouillard... Nous avons pris notre pause casse-croûte sur le sommet, afin de temporiser en espérant que les nuages finissent par se disperser.
Le pic Chardekagagna ( 1893m) et le pic d'Orhy ( 2017m).
Le haut de la gorge d'Olhadübi.
Un troupeau d'isards.
Le pic d'Orhy entrain de se faire manger par les nuages...
Malgré quelques trouées dans les nuages, l'horizon ne s'est pas dégagé. Nous avons fini par reprendre notre route. Nous avons rapidement atteint la crête de Zazpigain que nous avons contourné par le Nord pour sa partie la plus effilée. Après ça, nous avons pris la direction du col de Leherra Mürkhüilla. En chemin, nous sommes passés devant le cayolar d'Orgambidea où nous avons eu l'agréable surprise d'y trouver un point d'eau. Cela allait nous éviter de nous ravitailler directement dans la rivière sous le pont d'Orgate. Nous avons rempli nos bouteilles discrètement et rapidement ( je me méfie un peu avec les autochtones dans ce coin, on ne sais jamais trop la limite entre ce qui est toléré et ce qui ne l'est pas... ). Après le col, on est descendu en direction du pont d'Orgate. Bien que cette portion est un GR transfrontalier, ce dernier n'avait pas été nettoyé récemment. La descente s'est faite dans une végétation de bruyères et de fougères assez dense. On pouvait voir en face la montée qui nous attendait, on ne peut pas dire qu'elle nous motivait beaucoup! Nous avons finalement atteint le pont vers 16h.
Nous nous sommes installés tant bien que mal au bord de la piste, puis nous avons profité de la rivière pour faire un brin de toilette avant de manger et d'aller nous coucher.
Vue ( ou pas) depuis le pic d'Orhy.
La montée du col d'Oroate qui nous attend le lendemain.
La rivière Irati.
Jour 32: Pont d'Orgate - col de Roncevaux
Distance: 29,76 km.
D+: 1601 m.
D-: 1462 m.
Pour cette étape, il n'y avait pas d'objectif particulier, si ce n'est de s'avancer au maximum en direction de St Etienne de Baïgorry. La journée ne s'annonçait pas top... Il pleuvait dès le réveil et il était fort probable qui pleuve encore quand on irait se coucher. Ce n'est pas facile de se motiver à se lever quand on sait que la journée consistera juste à marcher pour marcher, sans espoir d'admirer une quelconque vue. Mais pas le choix, il faut y aller. J'ai conseillé aux filles de manger dès le départ car on allait avoir aucun endroit pour nous abriter par la suite.
Nous avons attaqué la montée en direction du col d'Oroate. Comme pour l'autre versant la veille, le sentier n'avait pas été nettoyé. On se déplaçait tant bien que mal au milieu des fougères, parfois aussi grande que nous. Heureusement, une fois dans les bois, le sentier devient plus propre. La pluie s'est même arrêtée, nous permettant de nous libérer partiellement de nos ponchos.
Une fois au col d'Oroate ( pris dans le brouillard comme à chaque fois
Après la vallée d'Egurgi, on devait monter au col sous le Mendizar en le contournant par le Sud. Le sentier est balisé ( GR12 il me semble). Le soucis, c'est que la pluie a refait son apparition. La distance de vue s'est drastiquement réduite. Autour des 1100m, le sentier fait un léger crochet vers le Nord avant de bifurqué vers l'Ouest. Hors sur le terrain, une trace d'herbe tondue nous poussait à partir directement vers l'Ouest. J'ai préféré ignorer cette trace et suivre les balises. Sauf que les balises ont rapidement disparu. On continuait à monter sur une petite sente mais je sentais au fond de moi que ce n'était pas cohérent avec ma carte. Ayant en tête la chute de Lili, j'ai fini par nous stopper. Je voulais à tout prix éviter de trop faire marcher Lili pour rien. J'ai demandé à ma cousine de me donner notre altitude grâce à sa montre: 1175m. La bifurcation vers l'Ouest était 40m plus bas, on l'avait loupée. Comme on était dans le brouillard, je n'ai pas cherché à couper à travers le dévers vers l'Ouest pour essayer de récupérer le sentier. On a fait demi-tour en essayant de trouver la bifurcation. Sauf qu'au final, on s'est retrouvé au point de départ sans jamais trouver la bifurcation. Je commençais de plus en plus à me dire que le sentier balisé n'avait pas été nettoyé et qu'à la place, ils avaient nettoyé un passage coupant directement en direction du col. J'ai donc décidé d'emprunter le passage tondu. Quelques mètres plus loin, on a croisé 2 personnes qui faisaient le chemin dans l'autre sens. Ils nous ont expliqués qu'ils suivaient le sentier avec le GPS, sauf que le sentier était complètement recouvert par les ajoncs... En nous voyant, ils ont coupé dans la descente pour nous rejoindre, pensant qu'on était sur le bon sentier. Cela a confirmé ma théorie. Après leurs avoir souhaités bonne chance pour leurs traversées, nous avons suivi le passage tondu qui nous a bel et bien menés au col.
Le soulagement d'avoir réussi à atteindre ce foutu col a été amplifié par une autre bonne nouvelle: un arc-en-ciel au milieu de la brume! Certes timide, mais quand il pleut en rando, le moindre petit signe d'éclaircie redonne espoir! On a suivi les crêtes dans un premier temps, puis nous avons rejoint le plateau en contre-bas. Le soleil a fini par percer les nuages, nous permettant de sécher un peu. Cela faisait déjà un petit moment qu'on marchait. Mais nous avons décidé de pousser jusqu'au refuge d'Azpegui afin de pouvoir manger à l'abri au cas où la pluie voudrait faire son retour. Après un passage dans les bois légèrement boueux, nous avons enfin atteint le refuge.
Un maigre espoir!
Le pic d'Errotzate ( 1347m).
Le pic d'Urkulu ( 1423m).
On avait de la chance, il n'y avait qu'un espagnol dans le refuge, c'était donc calme. Il s'est mis de nouveau à pleuvoir, on s'est donc dit que nous allions temporiser. Mais rapidement, un groupe de 3 autres espagnols sont arrivés. Ils faisaient un raffut de tous les diables, si bien que j'en ai eu une migraine après à peine quelques secondes! On s'est regardé tous les 3 et sans même se dire un mot, la décision était prise, on repartait!
On s'est équipé de nos ponchos et de nos sacs et on a repris la route. Heureusement, la pluie était faible et s'est vite calmée. On a pris la direction du col d'Arnosteguy, puis du col de Bentarte. Nous avons profité d'un petit bosquet à myrtilles pour prendre notre dernière pause myrtilles avant Hendaye. À partir de là, nous étions sur le chemin de Compostelle. La brume se levait doucement. Cette dernière donnait à cette piste au milieu des bois, une ambiance assez fantastique. Nous avons continué à marcher tranquillement, mais nous n'avons pas pu nous empêcher de remarquer avec ma cousine que Lili était étrangement silencieuse... Suspectant qu'elle avait des douleurs à cause de sa chute, nous avons décidé de faire une pause à la cabane d'Izandorre.
Lili nous a avoués qu'elle avait un peu mal à une cheville mais que ça ne l'empêchait pas de marcher. Nous avons continué sur la piste jusqu'au col de Lepoeder. Le soleil a fini par définitivement sortir, nous permettant d'apprécier un minimum de paysage. Par la suite, le sentier descend jusqu'au col de Roncevaux en alternant entre portions de routes et sentiers qui coupent les lacets. Au passage, je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer que les trous sur la route ont été bouchés. Donc je préfère vous avertir, je sais que ces routes sont sujets à controverses, mais il y aura clairement une photo de la Skyline au sommet de l'Ortzantzurieta!
Des ajoncs et des bruyères, pas de doute, on se rapproche de chez nous!
Vue depuis le col de Lepoeder ( 1432m) avec le pic d'Higa de Monreal au loin ( 1289m).
Notre emplacement était un peu en contre-bas du parking. Heureusement parce que ça a été le défilé des glandus toute la soirée! Il y en a même qui sont venus faire des dérapages sur le parking avec leurs voitures.
Pour ma part, j'étais un peu occupé à organiser notre étape du lendemain. Benjamin voulait venir faire l'étape avec nous. Je lui ai donc conseillé de partir depuis le col d'Urdanzia et de faire l'étape à contre-sens jusqu'à qu'il nous croise.
Une fois que tous les pénibles sont partis, on a enfin pu s'installer, manger tranquillement et partir au dodo.
Jour 33: Col de Roncevaux - St Etienne de Baïgorry
Distances: 26,05 km.
D+: 919 m.
D-: 1835 m.
L'objectif de la journée était St Etienne de Baïgorry. L'itinéraire de cette étape passe par les crêtes entre le col du Lindus et d'Urdanzia. Je ne connaissais pas ce sentier et je ne savais pas trop à quoi m'attendre. Le sentier est balisé comme "le chemin des contrebandiers", donc j'ai supposé qu'il était relativement propre. Le seul soucis était au niveau du pic d'Adartza. Le sentier balisé le contourne en faisant en énorme détour par des petites routes peu passionnantes. J'ai donc choisi de passer directement par le sommet. Sauf que point de vue météo, ce n'était pas génial! Ils annonçaient des orages assez tôt dans la matinée... J'ai donc décidé qu'on partirai très tôt pour être sûr d'avoir passer l'Adartza avant le début des festivités.
Comme prévu, Benjamin est monté la veille au col d'Urdanzia avec son fourgon et y a passé la nuit ( il s'est fait engueuler par un autochtone au passage comme quoi, en gros, il n'avait rien à faire là... ).
On s'est donc levé tôt. Le vent soufflait très fort. Comme on était un peu en contre-bas du parking, on a été relativement épargné. J'ai rapidement rangé ma tente et je suis allé m'abritait derrière un camping-car le temps que les filles soient prêtes. Les minutes ont défilé. Puis soudain, ma cousine m'appelle sur mon téléphone. Elle n'arrivait pas à me retrouver dans le noir. Elle m'a averti que Lili avait trop mal à sa cheville et qu'elle avait appelé Benjamin pour qu'il vienne la récupérer pour l'amener à l'hôpital... Ce dernier avait déjà commencé la rando car il n'arrivait pas à dormir à cause du vent. On a eu de la chance de parvenir à le joindre. Il est immédiatement reparti à son fourgon et a pris la route pour nous rejoindre.
Le moral n'était pas au mieux... À moins de quelques jours d'Hendaye, Lili a été forcée d'abandonner. Elle est montée dans le fourgon avec Benjamin et ils ont pris la direction de St Palais pour les emmener aux urgences.
De notre côté avec ma cousine, on a entamé l'étape. On avait perdu environ une heure, on allait être obligé de cravacher pour atteindre l'Adartza avant que les orages ne commencent. On a d'abord pris la direction du col du Lindus. On marchait très vite, si bien qu'ils nous a fallu très peu de temps pour l'atteindre. On a ensuite attaqué le passage de crêtes. Le ciel était fortement couvert, mais le lever de soleil à donner lieu un très joli jeu de couleur. Le sentier est au final très propre. Ce dernier contourne la plupart des sommets, ce qui nous a permis d'avancer à très bonne allure! Par contre, une fois arrivé au pied du pic d'Agarai, là on ne pouvait plus tricher, il fallait monter les pentes raides jusqu'à son sommet pour continuer. On a ensuite enchaîner jusqu'au col d'Ehunzaroy. Nous y avons trouvé 2 bergers entrain de discuter, accoudés à la clôture frontalière. Nous avons pris le temps de les saluer, mais eux n'avaient visiblement pas le temps de nous répondre... Il nous restait plus qu'à monter au sommet de l'Adartza. Le ciel s'était éclairci, on allait finalement largement éviter les intempéries! Mais nous n'avons par ralenti pour autant! On a monté le pic à un rythme de trailers ( mais avec un sac de 15kg sur le dos.. ). On a enfin atteint le sommet où on a pris notre première pause, après 3h de marche.
Le pic d'Autza ( 1304m).
Vue sur le pic de Laurigna ( 1275m) depuis le pic d'Axiztoi ( 1230m).
Le pic d'Adi ( 1457m).
Vue depuis le pic d'Argarai ( 1229m).
On a profité de cette pause pour prendre des nouvelles de Lili. Ils ont pu aller aux urgences sans trop de problèmes ( c'était les fêtes à St Palais), après quelques examens, il n'y avait rien de très concluant. Lili a dit au médecin "Bon ben je peux repartir marcher", ce que le médecin lui a formellement interdit! Ils ont du coup repris la route pour nous rejoindre à St Etienne de Baïgorry.
Avec ma cousine, on avait marcher très vite pour essayer d'éviter les orages. Mais subitement, une autre urgence nous est apparus! Il était 9h30, si on se dépêchait, il était peut-être possible d'arriver en ville pile à l'heure pour manger au resto avec Benjamin et Lili... Ni une ni deux, on a repris nos affaires et on est limite reparti en courant! On a dévalé les pentes de l'Adartza, puis on a récupéré le GR10 au col d'Urdanzia. Rien ne pouvait nous ralentir! Sauf un bosquet de mûrs... Les bords de routes avant le col d'Ahartza étaient recouvert de mûrs! On n'était pas les seuls à s'être fait piéger, d'autres GRdistes se remplissaient la panse. On a fini par reprendre notre route, toujours à bon rythme. On est finalement arrivé à St Etienne de Baïgorry vers 12h. Mission accomplie!
Vue depuis le pic d'Adartza ( 1247m).
Le pic d'Arrola Harria ( 1060m) et le pic d'Oilarandoi en arrière plan ( 939m).
St Etienne de Baïgorry ( 150m).
On a eu le temps d'aller au camping et de nous laver avant d'aller au restaurant. Lili nous avait même fait les courses pour nos provisions pour les quelques jours qui restaient!
Le restaurant était juste au bord du GR10. Alors que nous mangions tranquillement, nous avons vu passer au loin 2 visages que nous connaissions: Jérôme et Gersendre, le père et sa fille que nous avions laissé à partir de Bagnères de Luchon. Hors souvenez-vous, j'avais déclaré aux filles que même si on prenait un jour de repos à Bagnères, on arriverait quand même avant eux à Hendaye! Sauf que là, j'étais certains qu'ils ne s'arrêteraient pas au camping et qu'ils allaient continuer dans l'après-midi en direction des crêtes d'Iparla. En faisant un rapide calcul, il était clair qu'ils allaient prendre de l'avance qu'on pourrait très difficilement rattraper! Mais je ne me suis pas avoué vaincu pour autant, la route était encore longue jusqu'à Hendaye!
Bonne journée à tous!
